Gheralta et ses églises rupestres : dans le massif du Tigray en Éthiopie
- Philomène Martinelli

- 25 sept. 2025
- 5 min de lecture

Le massif du Gheralta, situé dans la région du Tigray, au nord de l’Éthiopie, compte parmi les paysages les plus spectaculaires et les plus mystiques du pays. Ici, des pitons rocheux vertigineux surgissent des hauts plateaux, creusés de sanctuaires rupestres et d’églises orthodoxes accrochées à flanc de falaise. Ces lieux de culte, parfois accessibles au prix d’ascensions impressionnantes, abritent des fresques millénaires parmi les plus anciennes du christianisme éthiopien.
Longtemps resté en marge des itinéraires touristiques classiques, le Gheralta offre une immersion rare dans une Éthiopie minérale, spirituelle et profondément habitée. Le silence des montagnes, la présence constante du vide, la ferveur des fidèles et la rudesse des reliefs donnent à cette région une dimension presque irréelle, souvent comparée à Monument Valley, mais chargée d’une intensité spirituelle unique.
Lors de mon voyage dans le nord de l’Éthiopie, le massif du Gheralta a été un choc. Deux jours passés à explorer ses montagnes et ses églises rupestres, accompagnée d’un guide local, dans des conditions idéales en février. Ce que j’y ai vécu dépasse largement la simple visite : c’est une expérience physique, culturelle et intérieure, que je détaille ici étape par étape.
Arrivée au Gheralta : Hawzen et Wukro

Après avoir quitté la ville de Mekele, deux heures de route plus tard, j'ai rejoint la petite bourgade d'Hawzen. C'est ici que j'ai posé mes bagages au "Vision Hôtel" (j'ai adoré cette auberge). Déjà, en voyant le paysage défiler par la fenêtre du 4X4, j'ai compris que j'arrivais dans un endroit splendide.
J'étais subjuguée par le relief des montagnes, mais aussi par l'ambiance paisible et rurale qui règne ici. Avant de partir en randonnée, j'ai découvert le village de Wukro, tranquille et coloré.


Après un repas idyllique ici avec mes compagnons de route (Joni, chauffeur et Haile, guide de montagne), je suis partie au pied du massif rocheux. Je passerai deux jours à explorer les montagnes et leurs églises troglodytes et monolithiques. Une expérience que je ne suis pas près d'oublier... Un des plus beaux paysages d'Afrique !

Abuna Yemata, l'église la plus difficile d'accès au Monde !

Haile me montra du doigt un point dans la falaise : c’était là que se cachait l’église Abuna Yemata Guh. Je scrutai le paysage sans rien distinguer, tant le sanctuaire semblait invisible, dissimulé dans la roche. Pas étonnant : cette église du Tigré est réputée comme l’un des lieux de culte les plus difficiles d’accès au monde.
Dans la région de Gheralta, de nombreuses églises demandent déjà une longue marche pour être atteintes. Construites en altitude, elles se rapprochent symboliquement du ciel et donc de Dieu. Leur isolement favorise le recueillement et le silence, tandis que le grès, plus facile à creuser en hauteur, se prête à l’architecture rupestre.
Gravir la montagne fait ainsi partie intégrante de la démarche spirituelle : les fidèles y voient une preuve de dévotion.
Découvrir Abuna Yemata Guh se mérite. Perchée à 2 580 mètres d’altitude, l’église impose une ascension vertigineuse. Nous sommes partis de 2 100 mètres, ce qui représente 750 mètres de dénivelé.
Les quarante-cinq premières minutes se déroulent sur un sentier rocailleux, jusqu’à ce qu’apparaisse un mur abrupt. C’est là que mon guide sortit cordes et baudriers pour m’aider à franchir la paroi.

Une fois ce passage franchi, la progression devient plus aisée, le vide se fait de plus en plus impressionnant. Pour atteindre l’entrée de l’église, il faut marcher à 10 cm du vide, au-dessus d’un précipice de 300 mètres (c'est terrifiant !). L’ascension, bien que périlleuse, est parfaitement encadrée.


Lorsque je pénétrai dans le sanctuaire, je fus saisie par l’émotion. Les murs de grès étaient recouverts de fresques colorées d’une beauté saisissante : apôtres, prophètes, paraboles et portraits des Neuf Saints. Certaines peintures remontent au 5ᵉ siècle et ont traversé le temps grâce à l’air sec et à l’absence d’humidité. On y trouve également des diptyques et triptyques du 15ᵉ siècle, témoins de la richesse iconographique éthiopienne.


Taillée dans la falaise, l’église aurait été construite au 6ᵉ siècle en l’honneur d’Abuna Yemata, l’un des Neuf Saints venus, selon la tradition, de Rome, de Constantinople et de Syrie pour évangéliser la région. Comme à Debre Tsion et dans d’autres sanctuaires de Gheralta, l’ornementation témoigne de l’ancienneté et de la vitalité du christianisme en Éthiopie.

Ici, la ferveur dépasse la peur : chaque semaine, des fidèles gravissent ces falaises, parfois avec des enfants sur le dos, des femmes enceintes ou des personnes âgées. Tous viennent assister aux offices, prouvant ainsi l’extraordinaire lien qui unit ici la foi, la nature et le courage. On me raconte même que certaines femmes enceintes s'installent dans la grotte à proximité de l'église jusqu'à l'accouchement !

Maryam Korkor, petite église troglodyte au Paradis

Cette église troglodyte est plus facile d'accès que la précédente (pas besoin de baudrier) mais la montée est tout aussi impressionnante et sportive.
Sur les parois, j'aperçois des singes, ils sont plus de cinquante ! Et la végétation est composée de cactus, d'aloé vera gigantesques, de ficus, de flamboyants, de genévriers et autres arbres en fleurs de toute beauté. Les oiseaux planent au-dessus de ma tête. Un air de paradis règne ici.

Avant de pénétrer dans le lieu sacré, le prêtre sonne la cloche et on se munit de bougies pour éclairer les parties sombres. Je découvre les peintures, les tapis, tambours et tentures. L'émotion m'envahit instantanément.
L’église est enclavée dans la roche et j'aperçois aux alentours des maisons troglodytes occupées par des moines et moniales qui ont fait le vœu de vivre dans le silence.
Avec les passages des touristes, leur tranquillité a été enfreinte, ils ont donc tendance à s'écarter davantage des lieux de cultes les plus visités.



Daniel Korkor, à couper le souffle !

Alors que nous atteignons le plus beau point de vue sur le massif de Gheralta, avec des pitons rocheux à perte de vue, je découvre le petit sanctuaire de Daniel Korkor.
Il est niché dans la paroi rocheuse, improbable endroit… Les peintures qui l'ornent au plafond et sur toute la circonférence sont encore une fois surprenantes, colorées, apaisantes.
L'emplacement de cette chapelle est probablement le plus impressionnant : par l'ouverture, on peut se plonger dans le panorama vertigineux. J'en ai eu les larmes aux yeux devant tant de magnificence.

L'église Abreha Atsbeha

Pour rejoindre cette église, inutile d'escalader, il n'y a qu'un escalier à monter, rien de plus ! De ce fait, on y croise beaucoup plus de fidèles que dans les précédentes. Une ferveur se fait pressentir dès que l'on pénètre sur le terrain. Les peintures sont tout aussi belles...




L'église Abuna Gebre Mikael

La célèbre église rupestre Abuna Gebre Mikael est accessible par une marche éprouvante et magique à la fois.
Sous le cagnard, les panoramas m'ont encore une fois éblouie et la récompense fut de taille une fois arrivée au sommet. Les peintures bibliques, jaunes et bleues, sont absolument superbes et d'une qualité impressionnante...
Et le plus fou, c'est que je n'ai vraiment pas tout vu car le coin regorge d'églises cachées, toutes plus impressionnantes et bouleversantes les unes que les autres !




Gheralta m'a envoûtée, c'est pourquoi j'y reviendrai dès que possible… Pour les paysages, la ferveur, mais aussi pour la gentillesse des locaux qui m'ont tous accueillie à bras ouvert et le sourire aux lèvres.


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